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Bourse/Finance

L’épargne qui dort coûte 681 euros par an et par tranche de 10 000 euros

Une étude Revolut chiffre le manque à gagner des ménages français qui laissent leur épargne excédentaire sur des comptes bancaires peu ou pas rémunérés. Le total des liquidités concernées atteint 588,5 milliards d’euros.
 

Le calcul est simple et désagréable. Par tranche de 10 000 euros conservée sur un compte plutôt qu’investie, un ménage français renonce en moyenne à 681 euros de rendements potentiels par an. Sur un matelas de 30 000 euros, cela fait plus de 2 000 euros annuels laissés sur la table, soit à peu près le coût d’une rentrée scolaire ou d’une semaine de vacances.
 

À l’échelle du pays, Revolut évalue à 588,5 milliards d’euros les liquidités sous-utilisées détenues par les ménages français, et à 40,1 milliards d’euros par an le volume de capitaux qui pourraient financer la croissance si cette épargne était mobilisée. La même étude porte le total européen à 33 000 milliards d’euros de capitaux sous-utilisés.
 

Deux comportements qui se conjuguent mal
Le premier tient à l’absence de coussin de sécurité chez une partie de la population. Un Français sur cinq, 21 %, ne dispose d’aucune épargne de précaution. Pour ceux-là, la question du rendement ne se pose évidemment pas dans les mêmes termes : ils ne cherchent pas à optimiser un excédent, ils n’en ont pas.
 

Le second concerne ceux qui ont de l’épargne et n’en font rien. Près de trois épargnants sur quatre, 74 %, n’ont jamais changé de banque pour obtenir un meilleur taux. L’inertie bancaire française est un phénomène documenté de longue date, entretenu par la domiciliation des revenus, les crédits en cours et la crainte de la paperasse. Elle coûte, chaque année, quelques dizaines de points de base sur l’ensemble de l’épargne liquide du pays.
 

Ces deux populations réclament des réponses opposées. Aux 21 % dépourvus de matelas, on ne parle pas de rendement mais de constitution d’une réserve, par petits montants réguliers et sur un support disponible à tout moment. Aux autres, on parle d’allocation, d’horizon et de fiscalité. Confondre les deux conversations est la meilleure façon de rater les deux.
 

Revolut chiffre par ailleurs à 40,1 milliards d’euros par an le volume de capitaux que cette épargne pourrait injecter dans le financement de l’économie si elle était mobilisée, et milite pour une meilleure allocation des 33 000 milliards d’euros de capitaux sous-utilisés en Europe. L’argument dépasse le portefeuille individuel : il rejoint le débat ouvert à Bruxelles sur l’union de l’épargne et de l’investissement, et sur la capacité du continent à financer ses entreprises avec l’argent de ses propres résidents.
 

Un timing qui rend l’immobilisme plus cher
Le contexte de taux accentue mécaniquement l’écart. La Banque centrale européenne (BCE) vient de remonter son taux de dépôt à 2,50 % et les obligations souveraines françaises se traitent au-dessus de 4 %. Autrement dit, les supports de taux, comptes à terme, fonds monétaires, obligations détenues en direct ou via des unités de compte, rémunèrent aujourd’hui l’attente. Le compte courant, lui, ne rémunère rien.
 

Reste à nuancer la lecture d’une étude produite par un acteur qui vend des services financiers et milite pour la mobilité bancaire. Le chiffre de 681 euros repose sur un rendement potentiel qui n’est ni garanti ni sans risque, et une partie des 588,5 milliards d’euros correspond à de la trésorerie de précaution parfaitement justifiée. Trois mois de dépenses courantes sur un compte disponible ne sont pas de l’argent mal placé, c’est une assurance chômage privée.
 

La frontière se trace assez simplement. En dessous de trois à six mois de dépenses, l’argent doit rester liquide et accessible, ce qui désigne les livrets réglementés avant tout autre support. Au-delà, la question devient celle de l’horizon. Une somme dont on sait qu’elle ne servira pas avant deux ans n’a rien à faire sur un compte courant quand les comptes à terme et les fonds monétaires rémunèrent l’attente. Une somme sans échéance prévue relève d’une allocation longue, avec la part de risque qui va avec.
 

Ce qui coince rarement, c’est le raisonnement. C’est le geste. Ouvrir un contrat, transférer des fonds, choisir un support demande une décision active, alors que laisser dormir 30 000 euros sur un compte n’en demande aucune. L’épargne dormante n’est pas une erreur d’arbitrage, c’est une absence d’arbitrage.
L’écart entre ces deux lectures, l’épargne dormante et l’épargne prudente, est précisément le sujet dont les conseillers devraient parler à leurs clients cet automne.