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Retraite

Retraite : le cadre du privé perdra près de la moitié de son revenu

Le taux de remplacement moyen, c’est-à-dire la part du dernier salaire conservée une fois à la retraite, s’établit à 75 % pour un non-cadre et à 51,5 % pour un cadre du privé. Plus de deux actifs sur trois ignorent pourtant le montant de la pension qui les attend.
 

Le chiffre le plus embarrassant de cette rentrée retraite ne porte pas sur le niveau des pensions, mais sur l’ignorance. Selon la huitième vague du baromètre IFOP de l’épargne en France et en régions, publiée en juin 2026, plus de deux actifs français sur trois ne connaissent pas le montant de la pension qu’ils percevront. Ils anticipent une baisse de leur niveau de vie sans pouvoir la chiffrer, ce qui revient à bâtir un budget sans en connaître la recette.
 

L’écart entre les deux statuts, tiré du rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR) de juin 2026, mérite qu’on s’y arrête. Un non-cadre conserve les trois quarts de son revenu. Un cadre du privé en garde à peine plus de la moitié, parce que la part de sa rémunération dépassant le plafond de la Sécurité sociale ne génère de droits que dans les régimes complémentaires. Plus le salaire est élevé, plus la chute est brutale, et plus le besoin de complément commence tôt.
 

« Une baisse de revenus substantielle qui impose de la compenser le plus tôt possible », résume Pascale Gloser, présidente de la CNCEF Patrimoine, association professionnelle de conseils en gestion de patrimoine. Encore faut-il savoir de quoi l’on part.
 

Le relevé individuel de situation, premier gisement d’erreurs
Le document existe et personne ne le lit. Le relevé individuel de situation (RIS) est adressé tous les cinq ans à partir de 35 ans, et se récupère en ligne sur le site de l’Assurance retraite si on l’a égaré. Il liste les périodes d’activité comptabilisées, donc les trimestres acquis.
 

Il contient aussi, souvent, des erreurs. Trimestres travaillés oubliés, montants de salaires incorrects, périodes de chômage ou de longue maladie mal calculées, activité à l’étranger non comptabilisée, trimestres supplémentaires pour enfants absents du décompte. Les rectifications restent possibles, à condition de fournir la preuve des cotisations pour les périodes concernées, autrement dit les bulletins de salaire. D’où l’intérêt de faire ce contrôle à 45 ans plutôt qu’à 62, quand les employeurs ont disparu et les archives avec eux.
 

L’exercice se complique pour les carrières à plusieurs statuts, salarié puis fonctionnaire puis profession libérale, en raison de la multiplicité des caisses et des régimes. Pascale Gloser recommande alors de se faire accompagner jusqu’à la liquidation. Pour une estimation rapide, le simulateur public « Estimer le montant de ma retraite » donne, pour plusieurs âges de départ, le nombre de trimestres enregistrés et le montant estimé.
 

Quatre enveloppes, dans un ordre précis
Le prérequis n’est pas financier, il est immobilier : être propriétaire de sa résidence principale pour ne plus payer de loyer une fois à la retraite. Le reste se construit par diversification.
 

L’immobilier locatif garde son intérêt même sans avantage fiscal, avec la possibilité de faire jouer le déficit foncier pour financer des travaux. Le conseil de la CNCEF Patrimoine est de proximité : mieux vaut acheter près de chez soi, un bien que l’on peut aller voir, juger sur sa situation et son potentiel locatif.
 

L’assurance vie vient ensuite, et de préférence avant 70 ans, puisque les capitaux versés avant cet âge se transmettent à hauteur de 152 500 euros par bénéficiaire sans droits de succession, en l’état de la législation 2026. S’y ajoute l’épargne salariale pour ceux qui disposent d’un plan d’épargne entreprise (PEE) ou d’un plan d’épargne retraite d’entreprise collectif (PERECO) : sommes bloquées cinq ans, avec des cas de déblocage anticipé dont l’achat de la résidence principale, exonération d’impôt sur le revenu et de cotisations sociales hors contribution sociale généralisée (CSG) et contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). L’employeur peut abonder jusqu’à tripler le versement, ce qui en fait le meilleur rendement du marché avant même le premier euro placé.
 

Reste le plan d’épargne retraite (PER) individuel, où les fonds à horizon prennent du risque tant que l’échéance est lointaine puis sécurisent progressivement. Les versements se déduisent du revenu global dans la limite de 10 % des revenus professionnels de l’année précédente, avec un plafond fixé à 37 680 euros pour 2026.
 

À l’approche du départ, deux décisions se prennent. Le rachat de trimestres, déductible du revenu imposable, mais pertinent uniquement à cinq ans ou moins de la retraite et s’il en manque peu. Et la planification des sorties du PER sur une année faiblement imposée, le plan offrant un avantage à l’entrée et taxant le capital comme les intérêts à la sortie.
 

Trois précautions ferment la marche : garder de l’épargne disponible pour les coups durs, liquider une partie de l’épargne salariale après la retraite si elle est importante pour cesser d’en payer les frais de gestion, et anticiper la transmission des placements en vérifiant leur fiscalité.
Le premier geste, lui, ne coûte rien et ne prend qu’une soirée : ouvrir son relevé.